Le grand écrivain Driss Chraïbi sera inhumé vendredi à Casablanca
      (3/4/2007)   
      Le grand écrivain Driss Chraïbi, décédé dimanche soir à Crest dans la Drôme (sud-est de la France), "sera inhumé vendredi au cimetière des Chouhada à Casablanca près de son père", a déclaré lundi à la MAP son épouse, Mme Sheena Chraïbi, précisant que "c'est très important qu'il repose dans son pays natal".

      "L'Ecosse est mon pays de naissance mais le Maroc est mon pays de coeur. C'est très important que Driss repose dans son pays natal", a-t-elle dit, exprimant par la même occasion ses vifs remerciements à "tous les marocains et marocaines qui pensent en ce moment à Driss Chraïbi". Le défunt était parti en février au Maroc pour préparer un nouveau livre.

      Mais l'enfant terrible de la littérature marocaine est décédé d'un arrêt cardiaque à hôpital de Crest sans en dévoiler la trame à ses proches. "Il a emporté son mystère. Driss disait souvent qu'il était un écrivain fantôme parce qu'il était insaisissable", raconte son épouse Sheena. "Il est mort paisiblement entouré de toute sa famille. Son fils aîné lui a lu des versets de Coran. C'est la meilleure fin qu'on puisse souhaiter pour lui", a-t-elle ajouté.   

      Rendant hommage à feu Driss Chraïbi, l'écrivain Tahar Benjelloun a salué la mémoire d'un homme "engagé et courageux qui a ouvert la voie à plusieurs générations d'écrivains maghrébins". "Il est le meilleur d'entre nous. Il a été notre maître à tous. C'est un grand écrivain qui a su mieux que quiconque témoigner sur sa société", a déclaré à la MAP Tahar Benjelloun, indiquant que le roman de feu Chraïbi "Le passé simple", paru en 1954, est "un chef d'oeuvre aussi important que l'Etranger d'Albert Camus".

      Son autre livre "La civilisation, ma mère" (1972) est une "merveille d'intelligence et d'humour", a-t-il tenu à rappeler, ajoutant que "Driss Chraïbi est un maître et un ami, et c'est une grande perte pour la littérature et le Maroc". Pour Fouad Laroui, joint au téléphone à Amsterdam (Pays-Bas), "l'annonce du décès de Driss Chraïbi est un choc". "Je suis très triste. Mais il a eu une belle vie, une vie riche. Il était entouré de gens qui l'aimaient beaucoup".

      "Il y a chez Driss Chraïbi presque un modèle de comment vivre sa vie dans la plénitude de la création, de la fantaisie, de la curiosité et de l'humour", a estimé Fouad Laroui, que le défunt considérait comme son "héritier" ou son "fils spirituel". L'écrivain Maati Kabal, qui vient de publier "Maroc, éclats instantanés", a pour sa part salué en Driss Chraïbi son "immense don de conteur public" et rendu hommage à son "esprit libre et frondeur".

      De son côté, Salim Jay, qui a évoqué l'oeuvre du défunt dans son "Dictionnaire des écrivains marocains", a insisté sur le "grand talent" de l'écrivain et sur sa "grande indépendance d'esprit". "C'était un homme dont le style était tout à fait personnel. On reconnaissait une page de Driss Chraïbi entre toutes. C'était un homme d'inspiration, de révolte et en même temps plein d'humour et d'attentions à la vie", a-t-il confié à la MAP.

      Pour Salim Jay, Driss Chraïbi avait le "sens de la fantaisie et le goût de la liberté". "A ce titre, il restera un exemple et la plupart de ses livres ne vieilliront jamais", a-t-il souligné.

      MAP