J'en frémis de toutes mes ovaires. Il faut une personne à la candeur bien déjantée pour lancer au téléphone l'expression d'une vibration aussi intime. Nul besoin de chercher du coté de Charles Péguy pour trouver des mysogineries aussi épicées. Il suffit d'aller voir du coté du dernier roman de Salim Jay pour ouvrir la vanne des formules chargées du nucléaire des sens.

La jeune délurée qui parle avec plus bas que ses tripes s'appelle Fouzia. Dès la première phrase commence la polémique sur ce prénom arabe Elle, traduit par Victoire, le narrateur corrige par la gagnante. Cela donne ce titre Victoire partagée publié aux Ed de

la Différence

; un intitulé qui semble celer un compromis explosif tirant dans tous les sens : s'agit-il de Victoire des sens, de victoire militaire, de victoire artistique, esthétique ? N'est-ce pas plus simplement une triomphale victoire des mots dont s'enivre l'auteur avec une verdeur d'adolescent.

Qu'importe ! Fouzia est une jeune et belle gazelle marocaine, nul n'est parfait. Elle n'a même pas le bac peut-être même pas le brevet! mais alors que fait -elle dans ce milieu parigot d'intermittents du théâtre auquel se mêle un certain Aladin, paravent habile qui donne à l'auteur la possibilité d'intervenir par deux canaux, canaux qui n'ont rien à voir avec la salacité dont font preuve certains personnages.

Au départ on se perd un peu dans la distribution tant Salim Jay est resté expert de la narration à quatre dimensions. Et plus si affinités. Comme l'auteur, Fouzia elle brouille les cartes, les lieux, les repères orthonormés du couple ! Avec son rire cristallin, son déhanchement qu'on imagine callipyge, ses yeux de biche lacrymale, la jeune fille traverse l'espace et les lits d'au moins trois personnages. Mais c'est son apparente ingénuité qui désarçonne le narrateur principal. Il ne souffre pas seulement de la partager avec d'autres. Il ne supporte pas d'entendre pratiquement dans son dos les quolibets de ses amants alors qu'elle vient juste de quitter leur couche.

Passe encore qu'elle s'acoquine avec ce faiseur qui offre le champagne à l'entrée et fait traîner cyniquement le dessert sachant qu' Aladin en est friand. Aladin sait ce qu'est la faim la sienne certes, presqu'un luxe de parisien mais surtout celle des autres ces sub sahariens comme on les désigne qui viennent se déchirer sur les barbelés du Limès occidental. Mais oui c'est Lui l'auteur du livre Tu ne traverseras pas le détroit , un texte programmé sur les planches d'Avignon. C'est lui qui se gausse dans un autre livre de l'embourgeoisement immédiat, précaire situation de possédant avant de retomber en dèche. N'est-il pas en train d'écrire avec ses boyaux un guide sur les mille manières de dîner à l’œil à Paris, un jeu existentiel qui finit par exaspérer ses amis ou proches: Michel Tournier l'exprime ainsi : Le problème Salim se formule en ces termes : un être non viable peut-il survivre.

Fouzia elle, peaufine son tableau de chasse auquel elle adjoint Odilon, le directeur du centre national de recherches sur les zones érogènes. Va-t-il l'embaucher dans son machin sibyllin ;

 Faudrait que le conseil d'Etat accepte de modifier son identité en précisant Fouzia Née Potisme. Calembour facile, après d'autres plus somptueux qui émaillent ce jet de lave.

 Une virtuosité lacano volcanique dans ce bal de concierges ragoteuses, un bal si couru dans le microcosme intellos théâtreux. Mais l'auteur est un intermittent de la vie et comme il n'a pas le choix il fait flèche de tout bois. Fouzia a beau être présente sur toute l'intrigue elle reste physiquement une simple esquisse. Ne figure-t-elle pas la simple métaphore de l'auteur lui même, voire de son écriture. Faudrait un polar pour dénouer l'énigme.

Celui là s'appelle Victoire partagée. Un dernier roman au goût de premier, signé Salim Jay. Ed de

la Différence

.